Une bonne fois pour toutes, je ne veux plus entendre dire que les charges patronales sont payées par les patrons. C’est un tour de passe-passe grossier qui marche à merveille depuis des décennies. Si j’osais, je dirais même que l’incompréhension autour du concept nous évite une révolte violente, voire une révolution. Jugez par vous-mêmes.

 

Je ferai court et simple.

Mieux qu’un long discours, prenons un exemple facile.

Je précise que les chiffres que je prends ne sont pas parfaitement exacts, mais pour les salaires habituels en France, les ordres de grandeur sont les bons. Je ne justifierai donc pas chaque taux, pour éviter de faire un article lourd.

 

Allons-y :

Si vous touchez 2000 € brut, vous empocherez environ 1500 € net, une fois déduites, pour environ 500 €, vos cotisations sociales salariales (Retraite, Chômage, Sécurité Sociale). Ce concept de passage du brut au net vous est sans doute familier depuis votre tout premier bulletin de salaire.

De son côté, le patron qui débourse 2000 € brut pour votre salaire se verra réclamer environ 1000 € de cotisations sociales patronales (Retraite, Chômage, Sécurité Sociale) et taxes assises sur les salaires (Taxe d’Apprentissage, Effort de Construction, Formation Professionnelle Continue…).

 

Résultat :

Le patron débourse, pour votre travail, 3000 €uros (2000 € brut + 1000 € de charges sociales patronales).

Vous encaissez 1500 € net (2000 € brut – 500 € de charges sociales salariales).

L’Etat encaisse 1500 € en tout (500 € de charges sociales salariales + 1000 € de charges sociales patronales).

 

Je vous laisse relire le résultat une seconde fois si besoin.

Le résultat est bel et bien le suivant : l’Etat gagne autant que vous, pour votre travail.

 

 

Le patron ne paie pas ces charges patronales, contrairement à ce qu’on pense habituellement.

Pour le patron, un salarié coute un salaire net + des charges sociales (on appelle ce coût complet du salarié le « super brut »). Peu lui importe si toutes ces charges sont patronales, ou toutes ces charges sont salariales, ou si on a un mix des deux, comme en France. Au final, cela ne change absolument rien.

Un patron embauche si les avantages que cela lui procure dépassent les coûts. Pour notre exemple, si le salarié coute en tout 3000 € par mois, il doit rapporter plus que 3000 €uros. Ce n’est pas plus compliqué que cela, et parler de charges sociales patronales, ou charges sociales salariales, n’a absolument aucun intérêt. C’est un tour de passe-passe qui vise à embrouiller le débat pour laisser penser que le patron paie une partie des charges sociales. C’est un mensonge d’Etat gigantesque.

Que les cotisations soient salariales ou patronales, ou quoi qu’il se passe, un salarié coute un salaire net qui va dans sa poche et des charges qui vont dans celles de l’état. Point barre.

 

Dans notre exemple, l’abus de langage se traduit ainsi :

Nous avons actuellement un mix, avec une partie de charges sociales salariales et une partie de charges sociales patronales.

Maintenant, changeons les lois et faisons en sorte que toutes les cotisations sociales soient salariales. Cela semble vache, mais au final, voici ce qu’il se passe : le patron déboursera 3000 € brut et n’aura pas un sou de plus a débourser en cotisations sociales patronales. Le salarié, lui paiera seul 1500 € de cotisations salariales, pour empocher 1500 € net. Dans ce cas, ou toutes les cotisations sont payées par le salarié, le patron débourse 3000 €, le salarié empoche 1500 €, et l’Etat encaisse 1500 €. Cela revient donc exactement au même que pour la situation actuelle.

Continuons, avec un cas ou les cotisations sociales sont uniquement patronales. Dans ce cas, le patron débourse 1500 € brut pour le salarié, qui touche 1500 € net, puisqu’il ne débourse aucune charge sociale salariale. De son coté, le patron devra payer 1500 € de charges sociales patronales. Le patron déboursera donc 3000 € (1500 brut + 1500 charges). Encore une fois, et comme dans tous les cas de figure, le salarié empochera 1500 € et l’Etat encaissera 1500 €.

Parler de charges sociales salariales ou patronales n’a donc aucun sens. Le but est uniquement de détourner l’attention sur ce que prélève l’Etat.

 

Alors qui paie les charges sociales ?

C’est bel et bien le salarié qui paye l’intégralité des charges sociales.

Le patron raisonne en super brut. S’il embauche un salarié, c’est qu’il est prêt à payer le salaire net du salarié, ainsi que ses charges sociales, parce qu’il en attend du bénéfice. Il embauche le salarié parce que ce dernier rapporte plus qu’il ne coûte.

En revanche, si les charges augmentent, le coût du salarié augmente. Dans ce cas, c’est encore le salarié, et non le patron, qui est pénalisé en premier lieu, sous deux formes possibles :

-          Le patron va chercher à payer moins cher ses salariés. Le net arrivant dans leur poche va baisser et ils perdront du pouvoir d’achat.

-          Le patron va renoncer à embaucher car le salarié coûte trop cher par rapport à ce qu’il rapporte.

 

En France, les salaires ne peuvent pas être revus à la baisse indéfiniment. A un moment, le salaire minimum (SMIC) est atteint. Du coup, il ne reste plus au patron qu’à refuser d’embaucher, car même au salaire minimum légal, certaines embauches ne sont pas rentables.

Cela explique le chômage massif en France.

(Quand je dis que le patron ne paie pas, ce n’est pas vrai. Il est pénalisé, en termes d’organisation, en ne pouvant embaucher quand il en aurait besoin, mais je ne creuse pas ce gros sujet).

 

Mais ce n’est pas tout – enfonçons le clou :

Repartons des résultats de l’exemple : 3000 €uros sortent de la poche du patron, 1500 vont dans celles du salarié, et 1500 vont dans celles de l’Etat.

Sur ces 1500 €uros qui vont finalement dans votre poche, vous devrez payer un impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, la taxe foncière, la TVA, la TIPP, les taxes sur le tabac, sur l’alcool, sur le Nutella, et toutes ces taxes que le génie fiscal français nous invente au quotidien…

Douloureux pour le salarié, mais le patron a aussi ses soucis. Avant même de savoir s’il fera un bénéfice ou non, il devra payer sa CFE, sa CVAE, sa C3S, ses taxes spécifiques, etc. Et si malgré tout cela il arrive encore à faire du bénéfice, il devra payer un impôt sur celui-ci.

Du coup nous avons une situation ou des salariés qui coutent extrêmement cher à l’entreprise terminent avec un pouvoir d’achat ridiculement faible. La démotivation générale et les spirales de l’échec ne sont jamais très loin.

Entre les deux, nous avons un Etat qui se gave monstrueusement, et qui laisse sciemment s’opposer patrons et salariés sans se mettre en avant. Si les salariés connaissaient cet état de fait, la révolte contre les gaspillages d’argent public et les dépenses somptuaires serait nettement plus violente qu’aujourd’hui.

Si vous rajoutez à cela un droit social extrêmement complexe qui rend très compliqué les embauches et les licenciements vous comprendrez en grande partie pourquoi la France coule.

 

 

J’en profite en 5 lignes pour tordre le cou à une autre croyance séculaire : « C’est l’Etat qui paie ».

L’Etat n’a pas d’argent hormis celui qu’il nous prend. Si l’Etat ou une collectivité territoriale « paye » ou subventionne, il ne fait que déshabiller Pierre pour habiller Jacques. Il prend l’argent dans les poches de l’un pour le donner à un autre, en en prélevant une partie pour son fonctionnement.

Mais comme le disait Thatcher : « Le Socialisme fonctionne jusqu’à ce que l’argent des autres vienne à manquer… »